Exposition et vente d’animaux de compagnie : une avancée et des zones d’ombre

Le Conseil de Paris a débattu sur la question de l’exposition et de la vente d’animaux de compagnie. Au centre du débat, les événements Animal Expo et Paris Animal Show qui se tiennent, l’un au Parc Floral, l’autre à la Porte de Versailles, appartenant à la ville.

À l’initiative d’ECA, deux vœux ont été déposés, l’un par Maud Lelièvre au nom du groupe MoDem, Démocrates et Écologistes (MDE), l’autre par Douchka Markovic au nom du groupe Écologistes de Paris (GEP). Les deux demandaient la fin des salons d’expositions et de vente d’animaux de compagnie dès 2021.

Christophe Najdovski, adjoint à la maire de Paris, chargé de la condition animale a fait le choix de déposer un contre vœu. Dans ce vœu de l’exécutif, la ville s’engage à lancer « une concertation avec les délégataires de service public opérant sur la ville de Paris et les associations de défense des animaux dans l’objectif de faire évoluer d’ici 2022 le modèle des salons du secteur animalier en prenant mieux en compte la question du bien-être animal et en n’autorisant plus la vente d’animaux de compagnie ».

Le vœu de l’exécutif a été adopté, le vœu du GEP a été retiré et le vœu du MDE a été rejeté.

Ce vœu est, certes, une avancée, mais laisse des zones d’ombre inquiétantes.

Plus de vente mais  l’exposition d’animaux

Il affirme clairement que la vente d’animaux ne serait plus autorisée. Cette disposition devrait freiner les achats « coup de cœur », source de maltraitance. C’est un progrès.

Par contre, il ne mentionne pas la fin de l’exposition des animaux. Au contraire, l’évocation de la « prise en compte du bien-être animal » indique implicitement que des animaux vivants seront présentés. S’agira-t-il de préserver les spectacles qui rythment ces expositions ? Les défilés ou concours de « beauté » d’animaux de race dont sont friands collectionneurs et éleveurs ? La démonstration de saut d’obstacles de lapins ? La présentation de serpents, qui se pratique toujours avec manipulation des animaux?

Pourtant, nous savons déjà que ces grandes expositions sont incompatibles avec le bien-être animal. La foule, le bruit, les lumières, les odeurs sont autant de stress pour les animaux exposés.  Par ailleurs, la promotion des animaux de race encourage le développement des hypertypes. Sous l’influence de la mode, amplifiée par les réseaux sociaux, notamment Instagram, ces animaux sont sélectionnés sur leur aspect au détriment de leur santé et leur bien-être. Dénoncée par de nombreux vétérinaires, la dérive de l’élevage des animaux de compagnie est une maltraitance. Elle inflige une vie de souffrances génétiquement programmées.

Alors, pourquoi ne pas renoncer à la présence d’animaux vivants dans ces salons?  Certainement parce que, pour les sponsors, les principaux exposants, vendeurs de nourriture, d’accessoires, de produits de soin ou beauté, de cages, aquariums et vivariums, etc. les  animaux restent le produit d’appel indispensable. Celui qui déclenche le réflexe d’achat. Même si la vente sur place sera interdite, le spectacle des animaux continuera à susciter l’envie.

Une concertation d’ici 2022

D’autre part, le vœu de l’exécutif pose, comme préalable à tout changement, une concertation entre les délégataires et les associations de défense des animaux. Pour ECA, il est indispensable d’y participer, malgré la crainte que ce ne soit une stratégie attentiste.  En effet, en 2018, la Ville de Paris s’est engagée à lancer une concertation avec les animaleries et les associations de protection animale pour faire évoluer le modèle des animaleries. En 2021, cette concertation n’a toujours pas commencé.

Tant que les animaux seront des marchandises, victimes d’un business lucratif, la souffrance animale perdurera massivement.

Vidéo du débat au Conseil de Paris du 13 avril 2021